Le bon élève d’à côté ? Vraiment ?

Lundi 16 novembre 2020

Eric Dionne

La comparaison des systèmes scolaires est fréquente et fait souvent l’objet de débats passionnés. En effet, la comparaison implique, entre autres, de déterminer les critères d’évaluation et les seuils attendus. Puisque les systèmes sont tous différents, il est parfois difficile de déterminer des critères et des seuils qui tiennent compte de toutes les subtilités et de tous les aspects contextuels propres à chacun des systèmes. C’est pourquoi je demeure critique face à tous les « bulletins », les « mises en rang », etc. dont nous sommes abreuvés depuis environ deux décennies. Loin de moi l’idée de les clouer d’emblée au pilori, puisqu’ils peuvent avoir une certaine utilité, mais encore faut-il en faire une lecture critique. Le magazine L’Actualité publie ce mois-ci un reportage que je qualifierais de complaisant intitulé « Le bon élève d’à côté » sur les mérites du système scolaire ontarien qui est présenté comme étant nettement supérieur à celui du Québec. Ce billet vise à amener des nuances qu’il aurait été intéressant de présenter dans l’article. Dans le présent texte, je vais m’attarder uniquement aux résultats et aux données comparatives entre les deux systèmes afin de déterminer s’il est vrai ou non que le système ontarien produit de meilleurs résultats que celui québécois. Dans mon prochain billet, j’aborderai, alors, les aspects plus subjectifs présentés dans l’article de L’Actualité.

À la lecture du texte, on laisse à penser que les élèves ontariens réussissent mieux que les élèves québécois. En effet, les taux de réussite pondérés sont respectivement de 87,1% et de 81,7%. Il y a donc une différence, jugée importante, de… 5,4%. Les résultats sont présentés comme s’il n’y avait pas de marge d’erreur, comme si les programmes d’études étaient comparables et, surtout, comme si les dispositifs d’évaluation étaient aussi comparables, voire identiques. Bref, on produit deux moyennes et cet indice statistique témoigne de la nette supériorité d’un système par rapport à l’autre. Mais bon, j’ai décidé d’être bon joueur et de faire comme si le reportage avait tout bon. Si tel est bel et bien le cas, la supériorité du système ontarien devrait alors se révéler au regard d’autres indicateurs. Je suis donc allé voir du côté des résultats du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) dont les dernières données disponibles sont celles de 2018. Cette enquête vise à « (…) fournir des indicateurs internationaux axés sur les politiques publiques et liés aux connaissances et aux habiletés des élèves âgés de 15 ans, ainsi qu’à faire la lumière sur une gamme variée de facteurs qui contribuent à la réussite des élèves, des écoles, des systèmes d’éducation et des milieux d’apprentissage » (OCDE, 2018). Cette enquête est mondialement connue et reconnue; d’ailleurs toutes les provinces et les territoires canadiens y participent. Si le système scolaire ontarien est nettement meilleur que le système scolaire québécois, il me semblait donc que les données de cette enquête devraient le confirmer. Résultat ? Aucune différence significative entre les élèves québécois et ontariens. Quand on examine les résultats en détail, on constate que le pourcentage d’élèves qui obtient au moins un niveau 2 (niveau que l’OCDE considère être le niveau de base) est identique (82%) en Ontario et au Québec. À l’échelle mondiale, ce niveau est atteint par seulement 51% des élèves. Le rapport présente également les résultats à l’égard des compétences globales. À ce chapitre, l’Ontario et le Québec obtiennent des scores respectifs de 559 et de 556 alors que le score moyen mondial se situe à 474. En ce qui concerne le rendement selon la langue du système scolaire, on remarque un phénomène intéressant. En effet, alors que l’écart moyen au Canada se situe à 6%, on constate que les écarts respectifs entre l’Ontario et le Québec sont respectivement de 60% et de…3%. Autrement dit, les écarts entre les anglophones et les francophones sont minimes au Québec alors qu’ils sont gigantesques en Ontario. Le bon élève d’à côté ? Quel côté ?

Pour les fins de cet exercice, je suis également allé examiner quelques résultats de l’étude Tendance de l’enquête internationale sur les mathématiques et les sciences (TEIMS) dont les données les plus récentes sont celles de 2015. Le Conseil des ministres de l’Éducation du Canada (CMEC) présente les faits saillants dans son rapport publié en 2017. Conclusion générale ? Plus de 90% des élèves canadiens maîtrisent au minimum les bases en sciences et en mathématiques. Ces résultats sont nettement supérieurs à ceux des élèves des autres systèmes éducatifs comparés. En ce qui concerne l’Ontario et le Québec, qu’apprend-on ? Les élèves québécois réussissent mieux en mathématiques que les élèves ontariens en quatrième année et en huitième année. En science, les résultats montrent qu’il n’y a pas de différence entre les élèves des deux provinces autant en quatrième qu’en huitième année. Cette enquête est menée tous les quatre ans. On peut donc observer les tendances depuis 1995 au moment de la première enquête. Au cours des six cycles d’études (1995, 1999, 2003, 2007, 2011 et 2015), on remarque que les résultats en mathématiques (8e année) des élèves québécois ont été plus élevés que ceux des élèves ontariens. Toujours au regard des résultats en huitième année, mais, cette fois-ci, en sciences, on note que le Québec et l’Ontario obtiennent des résultats très semblables.

Que doit-on retenir de cet exercice ? D’abord, les deux systèmes éducatifs sont de bonne qualité. En effet, les élèves ontariens et québécois font bonne figure et se classent bien au-delà de la moyenne des autres élèves qui fréquentent d’autres systèmes éducatifs. À ce chapitre, et même si tout est perfectible, force est de constater que l’éducation dispensée dans les deux provinces est d’excellente qualité. Ensuite, il est faux de dépeindre le système ontarien comme étant nettement meilleur que celui du Québec. Quand on examine des données objectives, on constate que, certes, les deux systèmes ont des forces et des faiblesses, mais aucun des deux n’est vraiment meilleur que l’autre.

Dans mon billet de la semaine prochaine, et fort des constats discutés dans ce texte, je vais examiner les arguments présentés dans l’article du journaliste Jean-François Nadeau qui expliquent la soi-disant supériorité du système ontarien. À suivre!

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