La webcam, fermée ou pas durant les cours à distance ?

Lundi 18 janvier 2021

Eric Dionne

Depuis le début de la pandémie, les cours se donnent selon plusieurs modalités (en classe, en ligne asynchrone et en ligne synchrone). La modalité en ligne comporte son lot de défis autant pour les étudiants que pour les enseignants. À ce sujet, on assiste depuis quelques mois à un phénomène qui consiste pour les étudiants à fermer leur webcam lors des cours. Certains enseignants trouvent cette situation difficile perdant une information souvent précieuse comme le non verbal des étudiants (hochement de tête montrant l’approbation, froncement des sourcils montrant une incompréhension, etc.). La question se résume donc à savoir s’il faut, oui ou non, obliger les étudiants à garder leur webcam allumée?

Dans un article paru récemment dans le journal The Conversation sous la plume de Tabitha Moses, MD, elle se prononce clairement pour ne pas obliger les étudiants à ouvrir leur caméra en se basant sur des données relatives au cerveau et au comportement. Elle identifie cinq raisons militant en faveur de cette position : (1) l’augmentation du stress, (2) la fatigue « Zoom », (3) les obligations familiales, (4) le droit à la vie privée et (5) les aspects techniques et financiers.

Lorsque les étudiants allument leur caméra, on s’attend à ce qu’ils regardent leur écran et que leur attention soit focalisée sur cette dernière. Certains étudiants ressentiraient une « pression » à devoir constamment regarder leur écran ce qui pourrait amener une certaine gêne. Dans un contexte de salle de classe, c’est comme si on s’attendait à ce que les étudiants ne regardent que dans la direction demandée par l’enseignant, c’est-à-dire vers où il souhaite focaliser leur attention ! Certains ont besoin de prendre des notes, de faire des schémas, bref de traiter l’information qui leur est présentée. Ainsi pourrait-on penser qu’un étudiant dont la caméra est allumée et qui est en train d’écrire donne l’impression de ne pas être intéressé par le cours.

Une deuxième raison évoquée par l’auteure est relative à la fatigue qui s’installe lors des séances en ligne ce qu’elle appelle la « fatigue Zoom ». Lorsque de nombreuses fenêtres sont ouvertes sur les plateformes comme Zoom, cela peut conduire à une surcharge cognitive et éventuellement à une perte de l’attention et de la motivation. Pour certains, le cerveau aurait du mal à gérer un nombre important d’informations tout en maintenant l’attention sur le verbal.

Sans surprise, la troisième raison fait référence aux autres obligations inhérentes au milieu familial. Avec la pandémie, les frontières entre les milieux de travail et d’étude ainsi que le milieu familial sont devenues très perméables. Les étudiants universitaires qui ont de jeunes enfants se montrent possiblement réticents à allumer leur caméra alors que les enfants peuvent (et avec raison!) nécessiter leur attention. Le fait de fermer la caméra permet donc de gérer le milieu familial tout en essayant de suivre le cours!

Une autre raison importante pouvant inciter les étudiants à garder leur caméra fermée est le respect de la vie privée. Certaines personnes ne souhaitent pas partager l’intimité de leur foyer. Même s’il est possible de flouter les arrière-plans, plusieurs préfèrent ne prendre aucun risque.

Enfin, des raisons technologiques comme la qualité de la bande passante expliquent aussi, en partie, pourquoi certains étudiants préfèrent fermer leur caméra. En effet, le débit des données est parfois trop lent ce qui amène des ralentissements en amont et en aval. Le fait de fermer la caméra permet alors de désengorger le débit et de conserver le son avec une qualité adéquate.

Doit-on oui ou non obliger les étudiants à allumer leur caméra ? Je me range derrière les arguments du Dr Moses. D’un point de vue éthique, je ne pense pas que l’on puisse obliger les étudiants à le faire. La situation que nous vivons est difficile et une position bienveillante m’apparaît plus légitime. Laissons le choix aux étudiants et faisons-leur confiance. Pour les enseignants, il est toujours possible de susciter la participation des étudiants (via les fonctions de conversations, mains levées, audio, etc.) de bien d’autres façons.

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